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Par Bernard Foglino dans Livres le 16 Mars 2013 à 18:43
"Vous ëtes Viviane Elisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis, hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main".
Je ne sais qui est cette Julia Deck qui a commis ce livre, que je viens de finir. Mais il est bon, et la dame, dont c'est le premier, affiche une maîtrise étonnante. Ce livre vous happe dès les premières lignes. Pourtant, rien d'extraordinaire : Une mère de famille plaquée s'installe dans un triste trois pièces avec vue imprenable sur les rails de la gare de l'est avec son bébé. Pourquoi ce livre happe-t-il ? D'abord l'emploi du vous, tout de suite. le lecteur est prié de prendre la place de l'héroïne, cette VEF qui présentement berce un bébé dans son Rocking Chair, puis se décide à aller préparer une omelette. Les phrases sont brêves, cliniques, extérieures aux personnages. Le procédé n'est pas nouveau, prisé même des intellos depuis le nouveau roman, mais là, le procédé ne tourne pas à vide, même lorsqu'on vous explique les changements de lignes pour passer du Xeme arrondissement au Veme. Ce qui est montré a immédiatement un sens, une implication sur le déroulé du récit, et sans affêterie intellectuelle. on ne montre pas pour le plaisir de montrer, en se disant que finalement le vague peut prendre tellement de formes que le lecteur s'en trouvera bien un tout seul. Ici, on est entre Perec et David Forster Wallace pour le vertige qui peu à peu prend le lecteur. Tout s'enchaîne. La description de l'appartement, le bébé, l'omelette, ce mari qui vous a quitté non par désamour mais par désespoir. Et puis, tout naturellement, arrive le coup de couteau (Cadeau de mariage ! Henkels Zwillings, gamme Twin Profection, "Le tranchant de la lame, d'une géométrie unique, offre une stabilité optimale et permet une coupe aisée") que vous balancez dans le ventre de votre psychiatre, qui vous a demandé d'être gentille.
Ensuite, l'histoire cliquète, baigne dans l'huile. Julia Deck alterne les narrateurs, le vous cède au elle, puis au nous, et l'étrangeté du récit gagne encore sans perdre sa cohérence. le malaise gagne aussi. Qui sont ces différents narrateurs qui prennent le relais dans l'histoire ? Le vous, on veut bien, mais les "Nous" ? Et ce "Je" qui émerge parfois?
Julia Deck a réussi un sacré numéro de barres asymétriques, même si son retour sur le tapis dans les ultimes pages est à mon sens légèrement moins bon. A mon avis, elle n'a pas trop su comment finir, comment sortir de ce piège tendu au lecteur, et la solution qu'elle trouve, toute possible qu'elle est, est plus "ordinaire", alors que tout ce qui précède est diablement original. Bon, de toute façon, la critique est aisée, l'art difficile
, les fins, c'est le plus dur. Si donc vous voyez ce bouquin sur une table de libraire, jetez-y un coup d'oeil. Un roman sacrément original, qui n'est pas en toc, en frime, un bon bouquin. Même si Julia Deck sur les photos ressemble un peu à Christine Angot, ce qui, je le conçois, peut faire peur, je vous assure que la comparaison s'arrête là. Julia Deck est incontestablement un auteur.
Viviane Elisabeth Fauville, De Julia Deck , Eds de Minuit.
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Par Bernard Foglino dans Livres le 3 Mars 2013 à 10:53
Le 7 Mars, ressortie chez Libretto de mon 3eme roman, "Bienvenue dans la Vraie Vie", initialement paru chez Buchet-Chastel. Il faut bien reconnaître que Libretto fabrique des livres superbes, et que vous êtes vivement invités à commencer une collection pourquoi pas par l'acquisition de cet ouvrage, acessible une somme en outre modique, à peine EUR8,7 rendez-vous compte. De quoi ça parle ? Est-ce important ? Bon, hop, voici le lien :
http://www.editionslibretto.fr/bienvenue-dans-la-vraie-vie-bernard-foglino-9782752908803Et pour une critique détaillée (Evidemment positive, je vous renvoie à ce lien)
http://www.christophemory.com/index.php?option=com_content&view=article&id=152:bienvenu-dans-la-vraie-vie-bernard-foglino&catid=9
Et une présentation d'Erwan Larher (Qui est aussi auteur), allez vous saurez tout.
PS : Maman, n'achète pas d'un coup les quatre bouquins que Mollat va mettre sur un coin de table le jour de la sortie, du coup le livre, personne ne le voit, et tu fausses grandement les statistiques des ventes !
Et le 14, sortie de "Celle Qui Dort", chez Buchet-Chastel, je vais préparer Auto Promo 2.
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Par Bernard Foglino dans Livres le 9 Février 2013 à 19:07
« C’était l’après-midi de mon quatre-vingt-unième anniversaire, et j’étais au lit avec mon giton lorsque Ali vint m’annoncer la visite de l’archevêque ». Ainsi commence « Les Puissances des Ténèbres », roman d’Anthony Burgess, paru en 1980. Seul un hasard m’a fait me souvenir de ce livre, sa réédition en Poche aux éditions Pocket.
Qu’est-ce que « La Puissance des Ténèbres » ? C’est un énorme bouquin, de plus de 700 pages aux Editions Acropole, et de plus de 1000, en police 8 chez Pocket. D’ailleurs, je viens de l’envoyer à un ami lointain, et sur la balance de la postière, la bête pesait dans ses 700 grammes.
Sa ressortie m’a poussé à déterrer mon exemplaire d’origine au fond de la bibliothèque. Je ne lis plus Anthony Burgess, que plus personne ne lit d’ailleurs. En France, son nom est le codicille associé au film de Kubrick, « Orange Mécanique », mais peu savent que ce linguiste de formation a publié une bonne soixantaine de romans (Il a aussi composé deux symphonies, il était aussi musicologue, au fait). Que j’ai tous lu, à une époque. « Les Puissances des Ténèbres », « Le Royaume des Mécréants », « Monsieur Enderby », « L’homme de Nazareth »… Comme tous les bouquins, j’ai à peu près oublié de quoi ils parlaient, mais il en reste une impression, un goût. On peut le résumer en un mot, devenu très galvaudé, mais je n’en vois pas d’autre : Jubilation. A.B. ne fait pas dans le drame intimiste, la comédie aimable. La plupart de ses bouquins sont des fresques, qui convoquent un siècle tout en entier. « Les Puissances des Ténèbres « (Le clin d’œil à Tolstoï dans le titre français de ce qui s’intitule Earthly Powers) est de ce tonneau. C’est tout le XXeme siècle qui est passé à la moulinette. Toomey est un écrivain britannique reconnu et sulfureux, plus ou moins retiré des affaires. Il se décrépit lentement dans son palais maltais. Toomey est en effet un évadé fiscal qui a fuit l’Angleterre pour ne pas payer ses impôts, un précurseur en quelque sorte. L’écrivain ne se fait aucune illusion sur la qualité de son œuvre, ce qui ne l’empêche pas de dégommer tous ses contemporains, avec un acharnement particulier sur Graham Greene. Lui qui a fréquenté tout ce que le siècle a engendré de personnalités célèbres, des arts, des affaires ou de la politique (Y compris Churchill, Hitler, Goebbels et quelques autres) picole et se regarde vieillir, sent la mort qui rôde. Les railleries de son amant et secrétaire particulier qui le trompe avec tout ce qui bouge n’arrangent rien à l’affaire, mais il se sent trop fatigué pour le congédier. Arrive un archevêque, qui n’hésite pas à venir rencontrer celui qui est de notoriété publique une vieille tapette mécréante, pour lui demander de rédiger un témoignage pour l’Eglise. Il est en effet question de béatifier le pape récemment décédé, Grégoire 17, qui fut l’ami de Toomey durant toute sa vie (Et aussi l’amant de sa sœur). L’écrivain se trouve contraint de sortir de sa retraite fiscale, et de se confronter à une plongée dans ses souvenirs, ceux d’un siècle entier, tout en redécouvrant un monde moderne (Celui des années 70, triomphe de la société de consommation, revendications puerilement libertaires, substances hallucinogènes, guerre du Vietnam, nouvel homme forgé par le communisme, etc.).
Il est difficile de parler d’un livre qu’on ne fait que commencer à lire. Mais je suis déjà retombé sous le charme de cette écriture subtile, profondément érudite et ironique, qui demande aussi une lecture attentive. Tout le monde prend cher, sous la plume de AB, mine de rien. Les libérateurs et les opprimés, les artistes et les gens du peuple, les croyants et les non croyants, les homos, les hétéros, les rigides et les tolérants, les diplomates et même les musiciens de Hard Rock. Dans cette réflexion sur le bien et le mal menée au travers d’une visite jamais laborieuse des atrocités les plus réussies menées par l’espèce, on ne nie pas le diable non plus, mais il se trouve qu’il est aussi profondément con que ceux qui prétendent le combattre au nom de l'amour.
Je ne suis pas critique littéraire, alors découvrez ce bouquin par vous-même, si mille pages et 700 grammes de papier ne vous sont pas indigestes. Car l’autre étonnement qu’apporte ce livre est technique. Je ne parle pas de l’ambition de convoquer presque un siècle d’Histoire dans une fiction, qui demande un « coffre » qui est une rareté chez les auteurs d’aujourd’hui. Plutôt : Qui oserait filer un manuscrit de 1,5 millions de caractères à son éditeur sans vouloir attenter à sa vie ? Reste-t-il des lecteurs qui ne tremblent pas d’effroi devant un livre aussi épais ? La question n’est pas anodine. Les phrases de ce roman prennent leur amplitude, l’auteur écrit sans craindre la restriction, entend mener son idée à son terme, et selon la manière qu’il a choisi. Aujourd’hui, la règle est de faire court. Le style se doit d’être ramassé, concis. Un mot doit en remplacer cinquante, ce genre de choses. On peut produire des merveilles ainsi, certes, et c’est un excellent exercice mental. Mais il n’y a pas qu’un enjeu esthétique là-dessous. Il y a la prise en compte d’un lecteur qui ne supporte plus la longueur, qui n’a plus le temps ou la capacité de se concentrer sur une lecture longue et un peu ardue, parce que le monde aujourd’hui va vite, fournit tout et trop dans une angoissante prodigalité au détriment de la patience, de l’absorption graduelle. On change d’histoire comme on clique sur un lien Internet, comme on zappe sur une chaîne de télé d’une série à l’autre. Se plonger dans cet énorme bouquin qui n'a de poche que de nom, et tirer sa révérence à toutes ses sollicitations qui nous exigent, tout entier dévolu à leurs urgences, n’est pas le moindre de ses plaisirs, lui aussi un peu jubilatoire. (13,21EUR, Pocket).
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Par Bernard Foglino dans Livres le 15 Novembre 2012 à 19:46
Je finis « La vérité sur l’affaire Harry Quebert », de Joël Dicker. Je l’ai commencé il y a une quinzaine, et il y a eu des fuites, sans doute, j’en étais à peine à la page 100 que l’Académie Française lui décernait son grand prix de.C’est un gros bouquin, dans les 700 pages, qui pèse bien son kilo. Grosse police de caractères, double interligne, on pense tout de suite à un de ces polars ou thriller américain de Harlan Coben, ou qui vous voudrez, dans le genre de livre qui sont conçus pour que le lecteur ne puisse s’empêcher de tourner la page jusqu’à épuisement. Et tout cela n’est pas innocent, car le livre est dans cette veine : Une sorte de polar américain écrit par un français. Enfin, disons un suisse, c’est pareil. Qui se souvient que Simenon était aussi Belge qu’Hercule Poirot ? Who cares ?
Donc. De quoi s’agit-il ? L’histoire est assez tortueuse pour que je la dévoile un peu, sans raconter la fin, bien sûr.
Goldman est un jeune écrivain américain qui a publié un premier roman au succès retentissant. Il a décroché la timbale. Fortune, vie facile, fêtes à n’en plus finir, le jeune gars s’étourdit dans sa réussite, on voit le tableau. Il en oublie deux choses : la première, son ancien mentor, Harry Quebert, le grand écrivain américain du vingtième siècle (Excusez du peu), qui a publié lui-même un chef d’œuvre en 1975, « Les Origines du Mal ». Quebert, 67 ans, vieillit dans une étrange neurasthénie au bord de l’Atlantique, dans sa jolie maison de bois dans un joli petit port de pêche du New Hampshire, (Ou du Massachussetts, je ne sais plus) Aurora. Ce Quebert a été le maître qui a formé, façonné Goldman en littérature lorsqu’il enseignait dans une université locale, à l’époque où Goldman était ce qu’on peut qualifier de jeune con. Bref Quebert a appris à Goldman à écrire et à devenir un « homme », alternant son enseignement théorique avec celui de la boxe et de la course de fond.
La seconde chose qu’a oublié Goldman, ce sont les petites lignes en bas de son contrat d’édition. Qui prévoit qu’il doit livrer en juin un autre Best-Seller à son requin d’éditeur, Barnasky. Et là, Goldman a le syndrome de la page blanche. L’auteur français au fond de son lit en train de lire est soudain saisi d’effroi et de compassion pour ce jeune con de Goldman. L’Amérique ne semble pas être le pays de l’éditeur patient, qui va accepter de courir le risque de perdre de l’argent sur un auteur pour l’amener graduellement à maturation. L’équation est simple : le retour d’investissement doit être immédiat. La qualité d’un livre se mesure aux ventes. Le talent d’un auteur au Cash-Flow dégagé par ledit. Et à la droite de l’éditeur siège l’avocat. Bref, si Goldman ne fournit pas son manuscrit, et un bon (Qui se vende), on jette sur lui une meute d’avocats comme on le ferait sur un promoteur immobilier, et on lui fait cracher des dommages qui le ruinent pour la vie.
Tout cela n’arrange pas le syndrome de la page blanche de Goldman, qui en vient à douter de sa vocation. Ce dernier se souvient là de son « vieux maître », et, la queue entre les jambes, va le trouver dans sa retraite, où il finit par s’installer. Goldman n’y arrive pas plus à écrire, mais nous y apprenons le secret de la mélancolie du vieux maître : Il a furieusement aimé une fille lors de son séjour de 1975, une certaine Nola. Mais il avait 34 ans, et elle 15. De cet amour impossible est né le grand roman américain du vingtième siècle, « Les origines du mal ». la fameuse Nola a disparu un beau jour d’août 75, et personne ne l’a jamais retrouvée.
L’histoire de Goldman pourrait s’arrêter là. Mais l’histoire commence véritablement lorsqu’on trouve le cadavre de la jeunette sous un massif d’Hortensias, dans le jardin de Quebert, et que ce dernier est jeté en prison. Ne pouvant croire à la culpabilité de son mentor, Goldman va se muer en enquêteur, et la ville d’Aurora va révéler de bien lourds secrets…
Ouf !
Dans le genre du polar malin qui tient la route, cette « Affaire Harry Quebert » est une très honnête réussite. L’auteur, Dicker, a un incontestable métier malgré ses 28 ans. Son intrigue est complexe, embrouillée, mais la lecture du livre est limpide, les parapets sont là pour que le lecteur moyennement concentré ne se perde pas en route et sache exactement « où on en est » avec chaque personnage et au cours de chaque développement. La prouesse est d’autant remarquable que ce livre se déroule simultanément en 1975 et en 2008, que Goldman est à la fois narrateur au présent et que des épisodes du passé sont racontés par un narrateur extérieur. En fait, nous comprenons vite que ce que nous lisons EST le livre que Goldman est en train d’écrire : L’infâme Barnasky, alléché par la disgrâce présumée de Quebert pour une affaire de mœurs sur mineure, demande à Goldman de faire un livre de l’enquête difficile et dangereuse qu’il mène à Aurora. En ce sens, l’Affaire Harry Quebert est un méta roman, avec des jeux de miroirs incessants entre les trois écrivains qui nous prennent la main, Dicker, Goldman et Quebert (Curieusement ou pas, le roman de Quebert au centre de l’intrigue, le roman que Barnasky exige de Goldman, et le roman de Dicker que nous lisons sont tous les seconds romans de ces auteurs respectifs). Ce livre est donc extrêmement astucieux, d’une construction d’une réelle complexité malgré une limpidité de lecture parfaite. Dicker s’est réellement donné du mal, et bien (sic), et sur ce segment de littérature, je lui prédis un sacré bel avenir.
Il reste que j’ai commencé à fatiguer au bout de 400 pages. Le nœud de l’affaire, l’histoire d’amour entre Quebert et l’adolescente est d’une mièvrerie absolue, les mots qu’ils échangent ne dépareraient dans de timides et premiers contacts lycéens avec l’autre sexe, et cette Nola, qui aime les mouettes sur la plage, on a juste envie de lui dire de la fermer. On a du mal à voir le grand auteur américain dans les extraits des Origines du Mal qui nous sont mis sous le nez, et tout réussi soit-il, le livre de Goldman (Vous suivez ?) est plus une enquête policière déroulée qu’un morceau de littérature.
Le style du livre ne peut non plus échapper au parti pris de l’auteur, et ça il n’y est pour rien. Lorsqu’on invente une intrigue diaboliquement complexe, mettant en jeu une bonne vingtaine de personnages, que le but est de garder le lecteur, on choisit le registre de l’action. Pas de place pour l’introspection, le flou d’où naît l’étrangeté. Tout est carré, campé, objectif, clinique. Les personnages, le jeune flic, la serveuse de bar, le pasteur, sont tels qu’on les attend. Les mots utilisés, qui sont les médiateurs entre ce qu’imagine l’auteur et ce que découvre le lecteur, ne recèlent aucun mystère. Ce sont des mots « utiles », destinés à informer, et leur rôle s’arrête là. Le souci d’information est poussé. Lorsque Goldman se rend à la prison voir son maître, l’adresse nous est donnée au numéro de la rue près. Lorsqu’il doit se rendre dans le sud pour son enquête, nous savons le nom du motel, où il se situe, et que le flic qui l’accompagne a vu sa chambre payée par la police d’état. On lit, et on pense à ce recueil de conférences de Virginia Wolff, (L’Art du Roman, Editions Points, collection Signatures) lorsqu’elle nous parle de ces auteurs victoriens avec qui nous savons tout, du salaire du palefrenier au mode de chauffage du presbytère. On y pense, car, comme elle, l’abondance de détail finit par procurer un détachement de l’œuvre. Tout est si net, précis, dans le bouquin de Dicker que nous ne pouvons nous y inflitrer. Au bout d’un moment, on regarde, comme un film, passivement, et la mièvrerie sentimentale dont je parlais en devient presque insupportable. Et comme un film qui dépasse les deux heures, malgré les cascades, les coups de théâtre (Et il y en aura jusqu’au bout) on finit par s’ennuyer, même si je conviens que c’est du boulot, et que le rôti est bien ficelé. Un bon livre qui se lit sous un parasol entre deux trempettes ou à l’heure de la sieste, lorsque l’esprit est vacant. Bon. Avec Dicker le suisse, nous tenons le Harlan Coben français, c’est le principal enseignement de ma lecture de ce (bon) roman de plage. Sans doute un effet de la mondialisation, et de l’uniformisation des cultures.
Et je vais quand même aller lire de plus près ce contrat que j’ai signé sans le lire, des fois que je sois susceptible de devoir de l’argent à mon éditeur à moi, on ne sait jamais !
Rebondissement :
Il fallait bien qu’il y en ait un. A peine ce billet terminé, je vais quand même faire une recherche sur le Net, voir ce qu’il se dit, et je tombe sur un article du Nouvel Obs qui affirme que ce bouquin est pratiquement un plagiat de Philip Roth. Je vous livre cet article très agacé signé du premier sinistre de la république des Lettres en personne, mazette, ce Dicker ira loin si de tels fonctionnaires montent au créneau.
Vous avez aussi ceci :
Diable, comme si on n’avait jamais encensé de nanar au Nouvel Obs, mais c’est une autre histoire.
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Par Bernard Foglino dans Livres le 31 Août 2012 à 20:05
Je ne suis pas très polar, même si certains m’ont marqué, comme le fabuleux Necropolis de Herbert Lieberman. Mais lorsque j’écris, je ne peux pas lire, ou presque, pour des tas de raisons. Je lis quand même, mais ce qui me semble « inoffensif » (Comprenne qui pourra : Ne pas se laisser distraire, contaminer par les idées d’un autre, un style…). Et donc, je tombe sur ce petit livre de Massimo Carlotto, que je ne connaissais pas. A priori, il est connu, puisque Arrivederci Amore a aussi fait l’objet d’un film abondamment commenté, et que je trouve des analyses de son livre un peu partout. Et il le mérite, car il se dévore.Pellegrini est un truand qui a un rêve dans la vie : Ouvrir un restaurant, parce que c’est une affaire qui rapporte, et accéder à la respectabilité (Mener une vie honnête non par idéal mais plus par défaut). Au début, il est mal barré : Embarqué avec des révolutionnaires marxistes dans une jungle d’Amérique du sud. Il se trouve là non par conviction mais par opportunisme, vu qu’il est recherché en Italie pour le meurtre d’un veilleur de nuit, meurtre accidentel pendant une tentative de Hold Up fomenté pour trouver des fonds par le mouvement d’extrême gauche (Genre Brigades rouges) auquel il appartient. Là aussi non par conviction mais parce qu’il s’emmerdait dans sa famille. Pellegrini va rentrer en Italie, vendre ses anciens amis comme repenti en échange de sa liberté. Il ne retrouvera néanmoins ses droits civiques qu’au bout de cinq ans, comme le veut la loi. Pellegrini va bien sûr reprendre ses activités délictueuses, son restaurant exige un capital. Petits truands qu’il manipule, flics véreux qui l’utilisent, il va plonger dans un monde complexe et des plus dangereux. Mais Pellegrini a un atout : Il sait lire dans les autres. C’est aussi un parfait salaud, qui saura utiliser son entourage et les femmes en particulier, et se tirer indemne des coups les plus tordus. Car on meurt beaucoup dans ce bouquin. Pellegrini arrivera t’il à ouvrir son restaurant ou bien une justice immanente le punira-t-il ? Lorsqu’on y songe, l’enjeu est de peu d’importance : Pellegrini est un type sérieux à la recherche d’un but qu’on pourrait juger futile : Un restaurant, et récupérer ses droits de citoyen. Mais si le roman est passionnant (Outre la plongée dans une Italie crépusculaire), c’est qu’il est porté par la personnalité du principal protagoniste. Pellegrini est une réelle ordure, mais une ordure froide, qui n’éprouve aucun besoin de se justifier. Un type qui se lève tôt le matin parce qu’il veut gagner plus. Il ne court pas après la richesse par aveuglement, mais froidement, pour une position sociale, dot il n’entend d’ailleurs rien faire d’autre que jouir calmement de la vie. Dans ce livre il tue (Beaucoup) évite de se faire tuer (Souvent) , n’hésite pas à vendre les filles du night club où il travaille à des proxénètes albanais pour arrondir son bas de laine plus vite, collaborer avec des flics sur des dossiers secondaires pour qu’eux mêmes affermissent leurs situations dans la hiérarchie policière… Toute la force du livre est là, dans l’absence de besoin de justification de ce personnage déplaisant, mais qui force en quelque sorte l’admiration dans une trajectoire criminelle droite, dépassionnée (Ce n’est pas un sadique, un obsédé, un type dérangé, à aucun moment il ne cherche de circonstances atténuantes). C’est un ambitieux raisonnable, qui a choisit le crime comme d’autres choisissent de devenir banquiers d’affaires, avocats ou politiciens pour réussir.
Comment tout cela se finit-il ? Pellegrini aura-t-il son restaurant ? Redeviendra-t-il un citoyen honorable ?
Qu'a choisit l'auteur dans le champ des possibles ? A lire, vraiment.
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Par Bernard Foglino dans Livres le 2 Mai 2012 à 20:09
J'aurais bien besoin de fuir pour retrouver un peu de tranquililité. Alors, comme je n'ai plus trop le temps de tenir ce blog à jour, au moins provisoirement, on va jouer au jeu des extraits. Peut-être des choses qui vous donneront envie de lire. En voici un, tiré de "Fuite en Italie", de Mario Soldati. Qui traversa l'Italie encore occupée à bicyclette, pour rejoindre les américains au moment du débarquement. Un periple mené avec son pote Dino de Laurentiis, qui devint cinéaste. Trois extraits que je relis de temps en temps, d'un auteur du bâtiment, comme disait Hemingway, d'où se dégage la serenité qui enveloppe toujours les lents voyages. Ne me remerciez pas, ce sont juste un copié collé...« Et je repense à Rome. Aux adieux. A l’avenir. A cette petite aventure qui est la mienne. Cette fois encore, ce n’est pas dans les couleurs et les motifs des évènements que j’ai l’impression de trouver un sens à ma vie, mais dans l’angoisse, dans la douceur et dans la paix mystérieuse de la nuit. Ce n’est pas en songeant aux fautes de certains hommes ou aux mérites d’autres, à des gouvernements, à des guerres, à des luttes de classes ou de peuples, que j’ai l’impression de trouver un sens aux évènements, pour terribles qu’ils soient, et aux malheurs de la patrie, pour immenses qu’ils soient, mais en contemplant la tranquille immobilité de la Lune, la nuit, le ciel immense, en sentant la caresse de la brise ainsi que la souffrance de la mort et de la vie, qui sont unies au fond de moi, et infiniment, autour et au-dessus de moi. »
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Par Bernard Foglino dans Livres le 25 Janvier 2012 à 21:52
Cet été, à Bologne, j’ai trouvé en « audio livre » Novecento, d’Alessandro Baricco. Le texte est lu par Stefano Benni, autre auteur italien, noveliste hors pair à qui on doit entre autres le Bar sous la Mer, et le foisonnant Hélianthe (Actes Sud). Novecento est un monologue écrit pour le théâtre, qui compte l’histoire de Danny Boodmann T.D. Novecento, bébé trouvé sur le paquebot Virginian, le 1er janvier 1900 et adopté par l’équipage. Ce Virginian, espèce de rafiot qui, on le devine, trimballe ses cargaisons d’émigrants d’un continent à l’autre, est un sacré bateau, avec un équipage complètement barré : Un capitaine claustrophobe qui dort dans une chaloupe de sauvetage, un timonier aveugle, un opérateur radio bègue… En outre, son concepteur, anorexique de réputation mondiale, a oublié d’y prévoir des cuisines. Heureusement, il y a l’orchestre, l’Atlantic Jazz Band, et son fabuleux Pianiste, Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, "Il più grande pianista che abbia maï suonato sull'oceano". Son nom est déjà toute une histoire : Un vieux matelot, un dur de dur, lui donne le sien, puis considérant que le bébé a été trouvé dans une caisse en carton ayant contenu des citrons et sur laquelle était imprimé T.D. Lemon, y ajoutera ces initiales et Lemon. « Un beau nom ». Dit le Marin. Mais il manque quelque chose. Il manque… « Un Gran Finale »…
« Mardi », lui propose-t-on, puisque le bambino a été trouvé un mardi. « Bonne idée » Sourit Danny Boodmann. Nous l’avons trouvé le premier de l’an du nouveau siècle. Alors, nous l’appellerons « Novecento ».
« Novecento ? Mais c’est un nombre ! » Proteste quelqu’un. ».
« C’était un nombre. Maintenant, c’est un nom » (« Era un numero. Adesso è un nome ») Répond alors superbement Danny Boodmann. « Perfetto, bellissimo, gran nome, Cristo, davvero un gran nome!”
Novecento deviendra le plus grand pianiste de tous les temps, mais ne descendra jamais à terre. IL essaiera, une fois, convaincu par un émigrant qui lui ne l’avait jamais vue avant de quitter sa campagne. Et l’émigrant vit la mer immense, entendit son grondement, et fut foudroyé sur place. C’était un hurlement géant qui sortait de la mer, et qui disait « Bandes de cocus, la vie c’est quelque chose d’immense, vous allez comprendre ça, oui ou non ? Immense ! » ("Banda di cornuti, la vita è una cosa immensa, lo volete capire o no ? Immensa!") ....... Bon, vous notez au passage que c'est pas bien compliqué à comprendre, quand on veut (NdA)
Novecento essaiera de descendre à terre,
Pour aller voir la mer.
Je parle l’Italien comme un descendant d’émigrant qui l’a appris par lui-même, parce que certains émigrés sont taiseux sur le pays d’origine, ce qui ne lui donne que plus d’éclat aux yeux de ceux qui écoutent le silence. et certains textes me sont difficiles, comme ceux de Benni, justement, parce que l’italien est une langue plus riche en nuances que le Français. Mais le miracle avec Baricco, est qu’il emploie une langue simple, limpide. Niveau terminale. Novecento, c’est la même magie que l’Etranger de Camus. Le miracle de cette poignée de grands écrivains d’arriver à leur effet sans jouer du vocabulaire, sans ornements stylistiques plus ou moins complaisants, ces gratouillis de guitares brouillons derrière lesquels le musicien de Flamenco limité cache ses insuffisances par la profusion. Ce n’est pas le roman de ceux qui prétendent aimer les peuples mais qui sont indifférents aux gens. C’est une histoire, une histoire taillée dans trois fois rien qui pourtant vous retourne.
La seule réserve vient de la traduction. J’ai été tellement enthousiasmé par ce texte, que j’ai voulu, comment dire, voir ce que donnait la traduction française. Et je me procure donc « Novecento, Pianiste », chez Folio, filiale de la multinationale Gallimard. Avec ça, je tiens du bon, me dis-je. Et effectivement, c’est une bonne traduction, même si toute traduction souffre de sa comparaison avec l’original, et que la traductrice en rajoute un peu dans le style disons relâché. Mais dès la page 15, je m’étonne un peu. Tim Tooney, le narrateur, trompettiste sur le Virginian, raconte dans la version originale, qu’il a passé six ans sur le bateau. La traduction lui en fait passer sept. C’est un détail, me dis-je. Je continues ma lecture croisée. Deux pages plus loin, une espèce de monsieur Loyal présente l’équipage du Virginian, et apostrophe le ramassis improbable de passagers qui a pu risquer monter sur un bateau pareil, en leur demandant ce qu’ils font là. Est-ce qu’ils avaient des créanciers aux fesses. Est-ce qu’ils ont expliqué à leurs femmes qu’ils descendaient acheter des cigarettes pour filer en douce ?
Et dans la traduction française, ces cigarettes deviennent des allumettes. Là, j’avoue que je n’ai pas poursuivi ma lecture croisée. Est-ce un nouvelle avancée sournoise du politiquement correct ? De la même nature que celle qui avait amené la RATP, lors d’une rétrospective sur Jacques Tati à la cinémathèque, à remplacer sur les affiches la célèbre pipe de monsieur Hulot par une marguerite ? Je ne sais. Mais la perspective de lire peut-être dans quelques années des bouquins d’Hemingway où les personnages trinquent au Vichy et sucent des nicorettes est une nième raison supplémentaire pour lire les livres en version originale, quitte à apprendre les langues étrangères...
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Par Bernard Foglino dans Livres le 14 Décembre 2011 à 03:08
Il est 3 heures du matin, et voilà une de ces belles insomnies dont je suis coutumier. Tout à l'heure, à celle de partir au labeur, je serai bon à jeter, les yeux comme des phares de camion. Dans l'attente du petit jour blafard, parlons donc bibliothèque, tiens. Je dois posséder dans les 2 000 bouquins. Et tous ces livres me posent désormais un sacré problème. Lorsque j'étais ado, j'étais un gros lecteur. (Je le suis toujours, mais moins, vu que j'écris et que même pour un insomniaque, ça prend du temps) Un de mes rêves, c'était d'avoir un jour une immense bibliothèque. Le genre de truc qui couvrent tous les murs d'une pièce, et qui grimpe du sol au plafond. Avec, pourquoi pas, une de ces échelles en bois qui permettent d'atteindre les rayonnages supérieurs. Avec le recul, donc une pièce profondément angoissante et étouffante. Lorsque j'ai commencé à travailler, j'ai pu me mettre à acheter des livres en grande quantité. J'en ramenais à peu près tous les jours, bien plus que ce que je pouvais bien entendu absorber (Vu que pour acheter tous ces livres, il me fallait de l'argent, que je me procurais en passant mes journées à travailler dans un bureau, ce qui me laissait bien moins de temps pour lire que lorsque j'étais étudiant, cruelle logique). Pour choisir tous ces livres, je me fiais aux journaux, aux émissions littéraires. "Le Monde des Livres", LIbération, et autres suppléments littéraires, rien que de très banal. J'étais une vraie bénédiction pour les éditeurs et les libraires. Bref, je me suis mis à empiler des livres de journalistes de divers journaux, recommandés par des journalistes d'autres journaux, qui écrivaient eux-mêmes des romans chaudement vantés par des journalistes qui...
C'est comme cela qu'on se retrouve avec des milliers de livres chez soi, qui n'auront au final provoqué que de rares moments d'intense satisfaction, parce qu'au fond, j'aurai laissé d'autres choisir pour moi, que j'aurais cédé aux modes, aux plans marketing. Je ne l'ai pas fait pour me conformer aux goûts du moment, mais par pure naïveté. Mais le problème n'est pas là, j'ai des milliers de livres chez moi, et je me suis aperçu il y a déjà quelques années qu'au fond, 50 livres, peut-être moins, suffisent amplement à remplir une vie de lecteur. Disant cela, les éditeurs, les libraires, risquent ne plus être mes amis. Le paradoxe de cette industrie qui se veut noble puisque culturelle, est qu'elle aussi vit du mouvement, de l'obsolescence toujours plus rapide de la production, exactement comme l'industrie automobile ou celle des Smart Phones. Il faut vendre, il faut du neuf. Mais pourtant, maintenant qu'en tant que consommateur de livres j'ai depuis longtemps perdu ma naïveté, qu'ai-je besoin du dernier truc, du dernier récit bouleversant de machine, du prix de Flore 2011, alors que j'ai les auteurs que j'aime, je les ai identifiés, je les ai choisis seul, parce que personne n'en parle plus étant donné qu'ils sont désormais sans enjeu en termes de vente ? Un bon livre se juge sur l'impression qu'il laisse, sa réminiscence une fois qu'on l'a terminé et posé. Non sur les éructations de jouissance de directeurs de conscience salariés qui découvrent un chef d'oeuvre tous les jeudis. C'est évident, mais j'ai mis du temps à le comprendre, en relisant Faulkner, Albert Camus, Orwell, d'autres, plus ou moins passés de mode, sur lesquels les critiques ne perdent plus leur temps à revenir, que les libraires ne mettent plus sur les tables, parce que certes, se sont des chef d'oeuvres, mais qu'il s'en vendra un par semaine quand le bouquin d'une pintade de chez ... part par bottes de dix.
Alors donc, j'essaie de dresser cette liste des cinquante bouquins que je garderai envers et contre tout. Et par conséquence, des centaines de bouquins dont je vais me débarasser sans trop de regret. C'est dur de se débarasser d'un livre, pour un lecteur c'est comme un sacrilège, même si le livre est mauvais, il n'est pas dans la culture du lecteur d'arriver à cette extrémité. Mais c'est comme le meurtre. J'imagine qu'au premier, on est salement secoué, et puis, au six ou septième, l'assassin éprouve probablement le détachement propre à chaque routine. Cette liste de survivants n'appartient qu'à moi, bien sûr, je ne vais pas à mon tour me changer en prescripteur, le monde littéraire est plein de prescripteurs. Mais franchement. Vous aimez les livres ? Bravo. Vous préférez lire que jouer à Mario Kart avec votre grand-mère et votre fille à vous déhancher devant votre téle et votre console façon débiles décervelés ? On devrait vous décorer. Vous pouvez passer deux heures sans twitter ? Faites gaffe, vous allez finir dans un zoo. Mais donc, considérez votre bibliothèque. Avez-vous besoin de tous ces livres ? Demandez-vous pourquoi au fond vous les avez achetés, et, si vous les avez lu, ce qui vous en reste, avec le recul. Et si vous les reliriez. Jouez à ce jeu, et parcourez les rayons de votre bibliothèque. Le superflu, l'inutile, le clinquant tombera de lui même des rayonnages, et vous verrez que vous passerez le chiffon à poussière avec une satisfaction voluptueuse.
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