-
Avoir tout faux (Mauvaise humeur sur le vif)
Par Bernard Foglino dans Ma fabuleuse carrière d'auteur le 19 Avril 2012 à 22:34
Un Wannabe, c’est quelqu’un dont le rêve de sa vie est d’être publié (J’ai trouvé ça sur un blog de Djeuns). Le nombre de manuscrits qui tournent dans ce pays serait de 150 000. Un continent de manuscrits, proto romans, ectoplasmes moroses, qui dérivent d’éditeurs en éditeurs, dont l’auteur attend fébrilement des nouvelles. Bon, je ne vais pas filer les images, vous voyez ce que je veux dire, la sourde attente, les nuits sans sommeil à fignoler la phrase, à espérer forcer la porte d’or d’un milieu éditorial aussi mystérieux que vénéré, qui fera de vous un ECRIVAIN.Il y a peu j’étais à un salon. Je discutais avec mon voisin (Heureusement qu’il y a les autres auteurs dans les salons pour faire passer le temps), et je vois passer une dame, tout ce qu’il y a de bien, un certain âge, port de cou un peu hautain, assez convaincante en romancière genre sagas historiques secrets de famille en police 14. Elle faisait le tour des lieux, regardait les livres, et s’approchait parfois d’un auteur pour chuchoter à son oreille des mots mystérieux, et lui remettre un carton assez luxueux, brodé de fines anglaises déliées et nonchalantes, semblant convier l’heureux récipiendaire à ce qui semblait être une soirée dans un château. Elle regarda mon voisin, un jeune gars timide, primo romancier, que Gallimard envoie à la guerre, sembla satisfaite de cette raison sociale, lui remis son bristol, et lui chuchota les mots secrets à l’oreille. Je reconnu dans les phrases murmurées « Tenue correcte indispensable… » et aussi le nom d’un auteur que j’ai oublié, époque romantique pré Flaubertienne, un nom façon Lautréamont ou Villiers de l’Isle Adam, qui fleure bon la phrase complexe,longue en bouche, à l’élégance bien française, comme on en tricotait à l’époque et qui aujourd’hui donnerait mal à la tête à n’importe quel lycéen tellement qu’il faudrait au moins trois tweets pour la recopier.
N’ayant pas reçu le précieux carton, et un peu vexé de rater une occasion de boire à l’œil et mal me tenir, je me renseignai donc discrètement. En fait, cette femme n’était pas la romancière éprouvée fière d’elle-même, que je pensais. Son seul et unique livre était publié à compte d’auteur dans une de ces officines cyniques qui font leur blé sur la faiblesse humaine, imprime 500 manuscrits, collent une photo de calendrier dessus et prennent 3 000 balles à des êtres naïfs ou trop imbus d’eux-mêmes pour pouvoir envisager leur absence de talent. Mais cette dame n’était pas sotte. Ce qu’elle lançait, c’était un prix littéraire, au nom ronflant, et elle recrutait. Elle tentait sa chance auprès des auteurs publiés dans les trois grandes maisons parisiennes, distribuait ses tracts de luxe à des attachés de presse et des journalistes connus pour se faire une ébauche de réseau.
Il y a peu, je reçois une invitation à être ami avec un inconnu sur FB. Je confesse, j’ai une page, que je ne mets pas à jour, vu qu’au bout de quinze jours je me suis enfui de ce truc et que je ne sais comment me désinscrire. Bon, sur FB, il y a quand même un Foglino Club, et j’avoue que c’est amusant de se trouver des cousins lointains dans le monde entier, mais bref.
Donc, à partir de cet ami potentiel, je tire une ficelle, les amis des amis des amis, et je tombe sur une fille, qui se présente comme romancière, belle photo, belle fille, frange charbonneuse, "regard qui dit des choses même si on sait pas trop quoi, mais justement", mains jointes, menton posé dessus, façon photos d’écrivains de l’agence Opale, très convaincante pour le 4eme de couverture. Bon, la fameuse fille, dans la vraie vie, elle bosse pour un assureur et a publié un livre chez un éditeur qui ne me semble pas trop franc du collier non plus. Mais elle est futée... Elle lance des prix littéraires, elle en a déjà 3 ou 4 dans la musette, et elle a réussi à attirer dans ses jurys quelques-uns de ces noms qui signent des chroniques dans la presse féminine et font trembler les attachées de presse au premier étage du Flore. Le reste du temps, la mignonne alimente à jets continus son « mur » de citations de Yan Moix, Beidbegger, Sollers, Régis Jauffret, De Kerangal, bref le gratin ramassé avec un chalut de navire usine pour être sûre, des qui peuvent vous donner un sacré coup de pouce, dont une simple recommandation balaie les cent vingt pages parfaite de l’illustre inconnue qui aura le malheur d’être caissière à Romorantin, et qui valent les commentaires extasiés de 3 000 ( !) amis FB… La mignonne commence à chroniquer dans un journal, bref, ça vient doucement, et nul doute que son prochain roman sera agréablement commenté en septembre, j’en fais le pari.
Voilà, pour le Wannabe naïf et exalté, le plus sûr moyen de devenir ECRIVAIN. Avoir la tête, la posture, le carnet d’adresse de l’artefact d’écrivain. Raisonner stratégie, comme le cadre qui veut un avantage de son patron. Inutile d’avoir écrit une seule ligne pour cela, sauf sur FB et Tweeter. Cette approche demande moins de temps et d’efforts que d’écrire des livres, exige plus d’esprit social que de sensibilité introspective… -Et mieux que tout, lorsque sa petite histoire sera imprimée, lorsqu’il sera parvenu à ses fins, on ne lui demandera même pas d’avoir la moindre once de talent. Ses attachées de presse et ses amis journalistes se chargeront de le fabriquer, et sur FB, se lèvera une érection de pouces…
Bref, les Wannabe, arrêtez d'emmerder Flammarion, Léo Scheer, Gallimard et consorts avec vos ignobles, pathétiques manuscrits, vos petites lettres d'accompagnement timides et épuisées, l'enveloppe pour le retour... Faites vous des potes sur FB, lancez des prix littéraires, faites parler de vous, apprenez à danser sur les tables, le reste viendra tout seul.
Tags : wannabe
-
Commentaires
Ah mais Bernard, ne me dites pas que vous découvrez seulement les pratiques germanopratines, où de belles nanas tourbillonnent autour de fumeurs de cigares publiés/publieurs pour se faire éditer (et oublier, les pauvrettes) le plus vite possible... Là aussi, rien n'a changé depuis les pièces de Molière et les portraits acerbes de La Bruyère. Foire aux vanités... (je fais mon Alceste, tiens.) :-)
3va savoirVendredi 20 Avril 2012 à 21:40Bernard ne connait que la place des quinconces
Pour tout vous dire, je pensais que Renaud Camus était le nom d'un ministre. Que vous dire ? C'est bien nul et il est bien bête. Alors qu'il lui aurait suffit de dire un mot gentil sur FH, Poutou, Artaud, Mélenche, pour qui sait être augmenté.
Je sais bien, chère Sophie, je sais bien. Mais ce n'est pas parce qu'un sujet d'indignation est connu (Et il y en a de bien pires que ceux-ci, c'est clair) qu'il ne refout pas en rogne lorsqu'il se manifeste. Bon, c'est pas grave, je me balade place des Quinconces, comme dit notre ami Laur... Euh Va Savoir, qui semble bien connaître les lieux...
@ Bernard : au contraire, ces coups de gueule font du bien à écrire, et à lire aussi. De toute façon, on ne répètera jamais assez les choses, je crois.
6V.O.Dimanche 22 Avril 2012 à 09:31Vous montriez d'autres wannabe, ceux de la finance, avec Bienvenue dans la vraie vie. Et déjà Médrano regardait, racontait. Il y a quelque chose de fascinant à observer le rond de jambe quelque soit le milieu dans lequel il s'agenouille. Quelle peur primitive dit-il? Quel effroi térébrant dévoile-t-il? Un rappel insupportable au "biberon chaud moi d'abord" enfantin d'adultes mal grandis... Tant de versions, d'interprétations possibles!
7sirandaneDimanche 22 Avril 2012 à 15:36"Avant toute chose, demandez-vous à l'heure la plus tranquille de la nuit : "est-il nécessaire que j'écrive?"
(..) Si votre réponse devait être positive, (...) un simple "je ne peux pas faire autrement", construisez alors votre existence en fonction de cette nécessité."
Ah! Bernard quand je cite "les lettres à un jeune poète", c'est que l'heure est grave.
Certains jettent leur vie et leur raison dans l'écriture, d'autres non. C'est comme ça. Mais ces derniers, forcément, jouent leur partie avec plus de sang-froid. Ils jouent, mais pas à la roulette russe.
9FluckLundi 23 Avril 2012 à 09:46@ sirandane : Bon, ben....pas de blagues hein ? C'est quoi cette déprime ? ( c'est un ou une sirandane d'ailleurs ? )
@ VO : très juste, votre post sur les "ronds de jambes", le dos rond, l'épaule voûtée. Etre le gentil, le bon élève du premier rang, espérer voir naitre sur le visage du maître "un sourire qui enfin ne soit pas sinistre" et en éprouver un drôle de plaisir.
Bon pas mal, le post, un peu ronchon, comme dab, mais la description d' une héroine à la Gaston Leroux m' a bien plu.
En revanche, non seulement vous ne savez pas prononcer Beigbeder, mais en plus vous ne savez pas l' écrire. Alors pour la prononciation je vous ai donné un truc infaillible ( Bègue, comme bayrou jeune, et plus loin, BD comme la bande dessinée) mais pour l' écriture je renonce..
Bon alors, votre Mélenche, il s' est crashé en vol ? Les bobos l' ont abandonnés au dernier moment pour rejoindre Tonton François ? Vous savez comment on le surnomme maintenant rue Montorgueil ? La plongée sous Marine....
Yves : Il y a des mots que je ne sais pas écrire, voilà tout. C'est comme le verbe rescussiter, réssusciter, faut que je réfléchisse. Bègue BD, pareil, et je vais quand même pas m'amuser à copier son nom cent fois sur un cahier d'acolier en tirant la langue. En revanche, j'écris très bien Sagalovitsch, qui est quand même un nom piégeux, moins que Dostoievsky, mais enfin.
Chère V.O., je n'ai pas trop insisté sur ces aspects là. Mais c'est très mignon à voir dans "Belle du Seigneur", d'Albert Cohen... Les trois cents premières pages, à la Société des Nations...
Je ne sais pas ce qui se cache là dessous... La soumission au mâle dominant, comme dans les tribus animales ? Le pragmatisme carrièristes passant par une "collaboration" enthousiaste ? C'est humain, voilà... "Trouvez des Mécènes, vous aurez des Virgiles" dit-on. Trouvez des Berlutti, vous aurez du cirage...
Et des "collaborateurs dévoués" il y en a eu en tous lieu en tous temps, même François Hollande ne sait plus qu'oi en faire, sans doute.
14FluckMercredi 25 Avril 2012 à 21:44@ Bernard : Pour les Berlutti, la salive humaine ou rien. S'il vous plait.
@ Yves : je vous vois venir : 1/ Nationalisation de Berlutti 2 / Privatisation de Berlutti au dixième du prix payé par l'Etat au profit de monsieur Bergé, Pierre, restaurateur, demeurant à Paris. 3 / Cession par monsieur Bergé, Pierre, commissaire priseur, de Berlutti à la SNCF pour un prix fixé à cent fois ce que ce dernier a payé.
Vous voulez nous refaire le coup de Yves Saint Laurent ou d'UTA ? Remarque, pourquoi pas.
Finalement, faudrait qu'un Bergé se présente aux présidentielles. Finies, les dettes. On serait tous riches à en péter dans la soie tous les jours.
Ah làlà.
20sirandaneDimanche 29 Avril 2012 à 08:34Les moutons ont peur du loup qui en avale un de temps en temps. Il ne craint pas le berger qui met un gigot au four tous les dimanches.
21FluckDimanche 29 Avril 2012 à 08:50Z'êtes tous matinaux et dépressifs
bon sirandane, c'est comme d'hab - et c'est comme ça qu'on l'aime

Bernard, j'ai acheté votre bouquin. Il pleut. Je m'y mets. Vous me conseillez une lecture sous lexomil ou substances illicites ?
22DoranteDimanche 29 Avril 2012 à 08:57Bernard, vous avez fait un très joli lapsus sur le blog de Mr Sagalovitsch:
"il se fait buter par la femme en qui il avait conscience..."au lieu de "confiance"
on ne peut pas parler d'erreur de frappe, les deux mots s'écrivent très différemment
une femme en qui on a conscience...quelqu'un qui vous aide à y voir clair en vous? en avez-vous connu?
qu'en avez-vous fait?
23FluckDimanche 29 Avril 2012 à 09:18J'allais fermer la bête et puis ...Il y a foule pour un dimanche matin.
@ Dorante: si vous rencontrez une femme qui vous aide à voir clair en vous, la lâchez pas. Même si il y a de la merde dans votre petit intérieur.
@ Bernard : en fait non. Moi pas. Et je ne vous imagine pas rêver d'être tondu ou cuisiné, hahaha !
@ Sirandane : C'est que c'est très con, un mouton !
@ Fluck : Merci de soutenir l'édition. Non, ça ne demande rien de spécial à ingérer, un léger fond musical, peut-être ? J'en met un parfois quand j'écris
@ Dorante : Vous êtes psy ? J'assume le lapsus, les lettres sont trop éloignées sur le clavier pour une erreur de frappe, comme vous dites. Mais... que voulez-vous que je vous dise ? J'écris des bouquins, voilà, c'est déjà assez suspect, non ?
@ Sophie : Non, je détesterais ça, je suis une personne très délicate et sensible, malgré tout !
Bon, faut que je bosse. L'histoire décolle bien, faut pas que je rate la mise sur orbite.
29FluckLundi 30 Avril 2012 à 13:10@ Yves Remord : Vous avez l'air d'en savoir long, dites...
Pour une fois qu'on parlait de femmes ici...
@ Bernard : Calé au millimètre votre bouquin. Comme disent les djeuns, J'aime.
( Ah! les doublés enroulés...Vous avez des photos ?)
31FluckMardi 1er Mai 2012 à 12:55@ Bernard: oui, je les aime bien aussi....
les bonshommes qui bougent.mais Sirandane est restéE ( suis sûr que c'est une, hein) insensible. Snif! Euh, y a pas un bouton contact ?
Content que vous regardiez les jambes des filles aux terrasses. La vraie vie quoi...
33va savoirMardi 1er Mai 2012 à 19:20Ca vient ce post sur les motards en colere ? Quel branleur ce Tortiglioni
38SirandaneMercredi 2 Mai 2012 à 10:00@Fluck : Vous saurez tout sur les sirandanes en parcourant le petit livre que notre dernier prix Nobel francophone a consacré à ce vaste sujet, il y a une quinzaine d'années.
Et il s'agit bien d'un nom commun de genre féminin.
@ Bernard: Il faut avouer que votre copain sur la photo, il n'a pas l'air facile à dégager. Essayez de le prendre par les sentiments; il m'a l'air contrarié voire triste. Comme si Gisèle, du salon Crea'tif lui avait loupé sa coupe. Ou qu'il s'était cassé un ongle pendant sa séance de muscu. Comme disait l'autre, il n'est pas moche, il a juste un physique difficile, alors, il prend soin de lui, forcément.
Un autre hyptothèse est qu'il soit un Wannabee, heureux d'être visible et lisible, plus des trois minutes que le lecteur de Léo Scheer ou autre lui accorde habituellement et venu chercher sur ce blog un peu de chaleur humaine et littéraire. A moins qu'il ne vienne de louper le prix "Au bon Roman" attribué par le Salon du Livre de Broc-les-Garennes. Il y croyait, là, son troisième opus publié à compte d'auteur. Une histoire d'amour sensible et difficile entre un livreur de pizza et une cliente allergique à la tomate.
Oui Bernard, plus je l'observe, plus il me semble un type émotif, facilement bouleversé. Faites gaffe à ne pas le virer trop brutalement. Vous allez vous retrouver avec un suicidaire accroché à votre balcon. Et avec les pompiers, les flics, la télé, ça va vous prendre un temps fou.
Hahahaha ! Comment passer du Blue Lagoon au ring de catch de vidéogame...
(Oui, oui, comme Sirandane, je suis sûre que c'est un grand sensible, moi itou.)
40FluckMercredi 2 Mai 2012 à 12:43@ Bernard: Oh! ...je le savais qu'il y avait des choses difficiles dans votre vie.

@ Sirandane: Ah!...je le savais que vous veniez du côté du soleil.

Ben non, ça marche... C'est quoi, celle-ci ? C'est trop petit, mais on dirait un match de kêkchose...
Suivre le flux RSS des commentaires de cet article
Ajouter un commentaire
Twitter
del.icio.us
Facebook
Digg
Technorati
Yahoo!
Stumbleupon
Google
Blogmarks
Ask
Slashdot


Bon je me dévoue sinon l'auteur de ce post va succomber à une sévére déprime. Tiens vous avez lu ca
http://www.lexpress.fr/culture/livre/renaud-camus-prive-d-editeur-pour-avoir-soutenu-marine-le-pen_1106743.html
Drole de moeurs