• Coincée entre un magazine culinaire (« Réaliser un repas de Chef, c’est facile ! ») et un guide pour se bricoler soi-même son ordinateur, une revue attire mon œil. La revue s’appelle Ecrire, à ce qu’il semble, et son sujet est : « Comment écrire un roman ». En plus petit : « Et comment le faire publier ». Il y a des revues sur tout, maintenant, en particulier sur comment faire soi-même… Ce doit être un effet de la crise. Entre la cuisine, auquel je ne comprends rien, et l’électronique, dont je n’ai aucune envie de maîtriser les arcanes, je feuillette le truc sur les romans d’une main pleine d’appréhension. Couverture pelliculée, beau papier, vendue au prix d’un livre, tout de même. La buraliste (Qui s’entête à ne pas avoir d’American Spirit », le truc avec lequel je m’encrasse les poumons lorsque je tape mes brillants romans) qui fait aussi Loto Sportif, PMU, journaux (Tout ceci se passe à la campagne) me dit que ça se vend bien. Ce sont des femmes qui l’achète, dit-elle d’un air mystérieux. Bien sûr, vous, ça doit vous faire sourire. Ben voyons. Une soixantaine de pages, découpées en chapitres, dans l’ordre, des premiers suçotements de crayon (Dessin d’une jeune fille suçotant un crayon en regardant par une fenêtre ouvrant sur un paysage bucolique) aux « pièges à éviter lorsqu’on signe un contrat d’édition » » (La même jeune fille, assise devant un bureau ou trône un costard sans visage, l’art, la création sent la lavande et s’épile les jambes, lorsqu’on revient dans le réel, les règles et les lois, les sous, le pouvoir, c’est forcément un cravaté aux traits durs qui rapplique). Quelques titres de chapitres : Les clés d’un personnage réussi : les sept dimensions ( ??? : Un personnage s’inscrit dans sept champs, majeurs et mineurs. Notons en rouge que le personnage doit parler aux sens du lecteur, à sa morale, partager ses dilemmes, porter ses préoccupations…). « Un dialogue qui fonctionne » : A quoi sert le dialogue (Il fait avancer l’intrigue par sa contribution informative), comment l’entamer, comment le clore, les trois principes du dialogue (réussi). Au milieu de la revue, un chapitre d’un roman de Stephen King, qui illustre la « tension narrative ».

     

    Et ça continue, avec des conseils sur la police de caractère, le délicat choix de l’interligne, des marges, tout y passe.

     

    Je suis rentré chez moi, avec l’Equipe (Marc Planus souhaite rester aux Girondins, pas sûr que ce soit une bonne nouvelle, il est tout le temps blessé, vaudrait mieux le vendre à Lyon pour 22 millions) et Sud Ouest ( La fête du vin à Bordeaux se tiendra en juin), sans mes American Spirit, bien sûr. Mon chapitre Deux m’attendait, un chapitre deux en chantier, loin d’être habitable, va y avoir du travail pour sauver l’enfant, pour tout dire, mais il y a une phrase ou deux assez mystérieuses, qui me suggèrent de ne pas tout balancer et passer à autre chose, ou faire un truc concret de ma journée. L’œil sombre, le cœur serré, j’ai repensé à cette revue (En fait, je n’avais pas cessé d’y penser sur le trajet du retour). Les lignes sur l’écran sont devenues le fil d’un funambule amateur au-dessus du magma de nuages sous lequel gronderait des chutes du Niagara. Je ne connais rien aux trois règles du personnage, aux sept lois du dialogue, à la loi de la tension narrative, je n’ai pas ces clés à mon trousseau, je n’ai aucune clé, même. Je ne réuni pas de fond documentaire (Il y a un chapitre sur ça, oui), je ne tiens pas de fiches bristol sur mes personnages (Denis Kremer, 52 ans, commissaire de police, alcoolique, dépressif depuis la mort de sa femme, née Gisèle Kermadec, de Quimper, un cancer foudroyant, Denis Kremer, 1,74m, 87 kilos, membre d’un club d’aéromodélisme, sans enfant), je ne dessine pas d’arbres généalogiques dans des cahiers (Oui, oui !), je ne tiens pas de journal (« Le vrai écrivain écrit chaque jour, qu’il pleuve, neige, ou vente, il écrit une heure par jour »), Bristol, tirer une marge pour observations ultérieures.

     

    Je ne connais rien de tout ça.  Je n’ai jamais pris de cours, je le suis souvent (Pris de court), mes personnages sont à peine esquissés, me narguent (La fille du dernier m’a bien fait suer), ils s’échappent, c’est pas croyable, j’ai parfois envie de les tuer (Mais je tue assez peu). Je ne médite pas ma troisième phrase (Il paraît qu’il faut), ni la page 99, je ferais un piètre animateur d’atelier d’écriture (Pourtant ça paie bien, on m’a dit, on peut se débrouiller en liquide). Sur mon fil, je prends conscience du vide abyssal sous mes pieds. Le même vide abyssal qui revient lorsque je commence une histoire, qu’elle n’est qu’un frémissement dans l’air, trois notes de musique, assez intrigantes pour avoir envie de trouver la chanson sous cet air à peine audible. On commence une histoire, et au fond c’est toujours la première, on se retrouve démuni, on se voit gauche, lourdingue, on croyait avoir appris des choses de l’expérience des précédentes, mais tout est nouveau, à refaire, à expérimenter.

     

    Finalement, monter soi-même son ordinateur ne doit pas être si difficile.

     

    Et bien plus reposant. 

    Yahoo! Google Bookmarks

    6 commentaires
  • Vous êtes sur autre chose ? Vous êtes sur quelque chose ? »  C’est dit sur un ton enjoué. Votre bouquin est à peine sorti, c’est de l’histoire ancienne. Il s’accroche à la table du libraire, déjà les piles de nouveautés le menacent, il tremble, le malheureux. Bientôt, il va glisser à l’étage en dessous, puis filer à la remise. Et on vous dit « Vous êtes sur quelque chose ? » Le mot conclusif, « naturellement » n’est même pas prononcé. Vous avez sué une année sur un bouquin, le gars qui vous parle l’a lu en deux heures. Le temps d’un film, d’un match de Ligue un entre Troyes et Nancy, d’un trajet en TGV Paris Poitiers. « Il est pas mal votre livre. Vous en écrivez un autre ? » Ben voyons. Chaque mot résonne dans vos oreilles comme le carillon de Big Ben. Un gars qui écrit, il sèche l’encre de son manuscrit, et il attaque autre chose. Chapitre Un, ligne Un. « Elle entra dans le bar. Elle portait une robe bleue, sur ses épaules cascadait une crinière rousse qui lançait des lueurs de feu. On lisait l’admiration et le désir dans les yeux des hommes assis là… » Ou bien : « C’est la fin du parcours, grimaça Lenny en brandissant la clé anglaise au-dessus de la tête de Johanna. On ne remet pas le dentifrice dans le tube, bébé ».

     

    Un auteur qui a fini son livre tourne comme un ours, l’œil chassieux, un manque vague au fond des tripes, ses personnages sont partis, et ils n’enverront pas de carte postale, mais il les regrette encore. Il fixe l’écran blanc. Relit les notes qu’il a pris d’une main lasse. S’agace. Agace. Des bribes d’idées, des noms, des situations tourbillonnent dans sa pauvre tête comme des vaches, des tracteurs et des lampes de chevet aspirés par une tornade. C’est un chaos. On a envie de s’y remettre, plus qu’envie, buller est comme une faute vis à vis d’on ne sait qui. Mais on a des grumeaux dans la tête. On se dit qu’on pourrait faire une autofiction… L’histoire d’un gars qui doit écrire une histoire et qui n’y arrive pas… Ecrire sur l’écriture, quoi… C’est prisé dans les milieux intellectuels hexagonaux, à condition d’avoir déjà un nom. Certains en ont fait leur fonds de commerce. Raconter l’histoire de leur incapacité à écrire une histoire. Pourquoi pas. C’est bien français, tout dans l’épaisseur psychologique, une petite ironie distanciée vis à vis de la littérature, se moquer gentiment de soi-même… Moi, ça me ferait bailler, il faudrait une sacrée avance sur droits pour que je me lance sans envie pour un résultat médiocre. La chance d’être inconnu, c’est qu’on ne vous demande rien, on ne vous attend nulle part.  Vous pouvez y aller franco, vous n’avez pas à tenir compte du profil de votre lectorat puisque vous n’en avez pas, vous pouvez créer sans limite, fourrer vos histoires d’extra terrestres (J’ai toujours voulu écrire une histoire d’Aliens, je remets encore à plus tard, les habitants de la planète terre me sont suffisamment exotiques), de morts vivants... 

    Faut quand même une histoire pour emballer ça.  

     

    L’ours va au square, il fait beau. Il note sur son bloc. C’est l’histoire d’un gars qui veut se suicider mais… Il écrit vingt lignes. Reçoit un ballon en mousse dans la tronche, propulsé par un gamin de cinq ans sous les applaudissements de la tribu familiale. Le square est soudain rempli de familles, de futurs premiers de la classe, à faire d’une politesse citoyenne le tour du cercle de gazon orné d’un pauvre saule pleureur solitaire et déposer pieusement leurs emballages de Choco BN dans les poubelles municipales. D’où sortent tous ces gosses, bon sang ? On finit par s’enfourner des écouteurs dans les oreilles, et on monte le son. C’est l’histoire d’un type qui bosse pour le diable et … On s’assoit sur votre banc, maintenant, et c’est comme si une rombière prenait vos genoux pour son fauteuil à l’heure de Questions pour un Champion. « Excusez-moi, la fumée de votre cigarette me gène ». On s’adresse à vous, sans un regard pour votre bloc. Votre matériau, l’espèce humaine, devient odieuse, stupide, vaine lorsqu’on cherche son histoire. Enfin, encore plus que d’habitude. Vous rangez vos affaires, l’impression soudain que tous les gens autour de vous ont la même tronche, ils sont tous cousins, les gosses, les quelques vieux qui ont survécu à la transformation sociale du quartier, et ces satisfaits d’eux-mêmes regardent tous dans la même direction mystérieuse. Ils semblent ignorer un truc que vous êtes seul à savoir, à moins que ce soit à vous qu’on ait oublié de remettre la règle du jeu le jour ù votre mère vous a propulsé dans ce barnum. Quoi qu’il en soit, personne ne devine le petit drame de vos grandes espérances. Vous avez une histoire à écrire !  Elle est tapie, tout près, peut-être qu’elle vous observe du coin de l’œil. Dans la foule qui passe, et s’agite, bruyante, coule sans trace autour de vous, tous les visages semblables, elle est là, à attendre de vous prendre la main, si vous savez aller vers elle et la démasquer. 

    Yahoo! Google Bookmarks

    16 commentaires
  • Billet Service Litteraire Mars 2013 : La Littérature, ça sert qu'à causer dans les dînersJe reçois un mail d’un ami : « Lu le dernier Goncourt. Très décevant ». L’ami en question est spirituel et cultivé. Un invité des dîners en ville. Ma réaction a été de lui répondre : Pourquoi, parmi les six cents bouquins de la rentrée, as-tu acheté précisément celui-ci ? Mais en y repensant A, homme du monde, n’a pas perdu ses dix-huit Euros. Au contraire, si on considère que la littérature, et l’Art en général, ne sont que des sujets de conversations et rien de plus, il a très bien investi. Ami auteur, la fonction des livres et l’âcreté de tes tortures n’ont peut-être pas d’autre fonction que dresser la scène des mondains. J’ai lu le dernier Goncourt. J’ai été déçu, je dois dire. Lance A au moment de la sole meunière. C’est vrai qu’il y a des longueurs complaisantes, pontifiera un autre, mais la nécessité absolue d’un tel livre doit être mise en perspective avec une production narrative contemporaine trop souvent égocentrée. Et la soirée est lancée sur de bonnes bases. Le texte n’est que prétexte au débat éphémère, qui s’évaporera dans les dernières vapeurs d’un Saint Julien, lorsqu’on aura adulé la pièce d’Arditi et réglé son compte à l’expo Hooper, trop populaire. On se quittera en se promettant de se revoir bien vite. Ferrari aura joué son rôle. La valeur de son travail ? Une opportunité pour exprimer des opinions sans risques, étroitement bornées par les bienséances et la connivence. Au fond, pour parler de soi, se mettre en scène au travers du labeur des artistes. Admettons qu’un hurluberlu ait lancé la discussion par : « Je viens de lire « La Rencontre », d’Isabelle Pestre, ou « Cabaret Sauvage », d’Isabelle Kauffmann, quels beaux livres, sensibles et impitoyables en même temps. » On imagine la suite. Chappe de silence plus empesée que la nappe amidonnée. De quoi parle-t-il ? Qui ? Hein ? Où ? Femina ? Médicis ? Aurions-nous manqué un numéro de Télérama ? Par politesse, on le laissera développer, le temps de consulter discrètement ses mails sur son Iphone. Jusqu’à ce que, n’y tenant plus, un connaisseur des Lettres lance : « Mais le Dycker est une réelle imposture ! ». Et voilà un sou remis dans la boîte à musique, et la table soudain de dissiper sa frustration naissante. Et les avis, exclamations, rodomontades, postures de fuser dans le soulagement général. Ami auteur, tu peux t’arracher les mots du ventre, quand d’autres les sortent de la poche de leur pardessus, comme disait Péguy. Mais n’en espère rien, sinon la satisfaction toute personnelle du travail bien fait, et, si tu es chanceux, la reconnaissance des silencieux. On ne met pas ses tripes sur la table, dans les dîners.

    Yahoo! Google Bookmarks

    16 commentaires

  • Salon du Livre 2013Cher lecteur, je te dédicacerai avec plaisir mes multiples ouvrages sur le stand Libella (R 50) Samedi 23 de 16 heures à 17  Heures 30, ceci en compagnie de Jean-Philippe Blondel. 

    Une petite vidéo de Blondel ci-dessous, parce qu'il le vaut bien, le bougre... Un prof heureux "entre les murs", et qui sait écrire, c'est rare, non ? Et en plus, il est sympa.

     

     

     

     

    Yahoo! Google Bookmarks

    6 commentaires
  • Viviane Elisabeth Fauville

    "Vous ëtes Viviane Elisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis, hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main".

    Je ne sais qui est cette Julia Deck qui a commis ce livre, que je viens de finir. Mais il est bon, et la dame, dont c'est le premier, affiche une maîtrise étonnante. Ce livre vous happe dès les premières lignes. Pourtant, rien d'extraordinaire : Une mère de famille plaquée s'installe dans un triste trois pièces avec vue imprenable sur les rails de la gare de l'est avec son bébé. Pourquoi ce livre happe-t-il ? D'abord l'emploi du vous, tout de suite. le lecteur est prié de prendre la place de l'héroïne, cette VEF qui présentement berce un bébé dans son Rocking Chair, puis se décide à aller préparer une omelette. Les phrases sont brêves, cliniques, extérieures aux personnages. Le procédé n'est pas nouveau, prisé même des intellos depuis le nouveau roman, mais là, le procédé ne tourne pas à vide, même lorsqu'on vous explique les changements de lignes pour passer du Xeme arrondissement au Veme. Ce qui est montré a immédiatement un sens, une implication sur le déroulé du récit, et sans affêterie intellectuelle. on ne montre pas pour le plaisir de montrer, en se disant que finalement le vague peut prendre tellement de formes que le lecteur s'en trouvera bien un tout seul. Ici, on est entre Perec et David Forster Wallace pour le vertige qui peu à peu prend le lecteur. Tout s'enchaîne. La description de l'appartement, le bébé, l'omelette, ce mari qui vous a quitté non par désamour mais par désespoir. Et puis, tout naturellement, arrive le coup de couteau (Cadeau de mariage ! Henkels Zwillings, gamme Twin Profection, "Le tranchant de la lame, d'une géométrie unique, offre une stabilité optimale et permet une coupe aisée") que vous balancez dans le ventre de votre psychiatre, qui vous a demandé d'être gentille.

    Ensuite, l'histoire cliquète, baigne dans l'huile. Julia Deck alterne les narrateurs, le vous cède au elle, puis au nous, et l'étrangeté du récit gagne encore sans perdre sa cohérence. le malaise gagne aussi. Qui sont ces différents narrateurs qui prennent le relais dans l'histoire ? Le vous, on veut bien, mais les "Nous" ? Et ce "Je" qui émerge parfois?

    Julia Deck a réussi un sacré numéro de barres asymétriques, même si son retour sur le tapis dans les ultimes pages est à mon sens légèrement moins bon. A mon avis, elle n'a pas trop su comment finir, comment sortir de ce piège tendu au lecteur, et la solution qu'elle trouve, toute possible qu'elle est, est plus "ordinaire", alors que tout ce qui précède est diablement original. Bon, de toute façon, la critique est aisée, l'art difficile , les fins, c'est le plus dur.

    Si donc vous voyez ce bouquin sur une table de libraire, jetez-y un coup d'oeil. Un roman sacrément original, qui n'est pas en toc, en frime, un bon bouquin. Même si Julia Deck sur les photos ressemble un peu à Christine Angot, ce qui, je le conçois, peut faire peur, je vous assure que la comparaison s'arrête là. Julia Deck est incontestablement un auteur.

    Viviane Elisabeth Fauville, De Julia Deck , Eds de Minuit.  

      

    Yahoo! Google Bookmarks

    4 commentaires
  • Passons aux choses sérieuses : Auto Promo 2Le 14 mars, sortie de Celle Qui Dort, mon quatrième roman, chez Buchet-Chastel. Une histoire d'écrivain, de nain pervers et de princesse endormie. En fait on croit que, mais ça c'est parce qu'il faut bien raconter une histoire, haha...

    Plus de détails sur ce lien, avec la vidéo de la librairie Mollat :

    http://www.buchetchastel.fr/celle-qui-dort-bernard-foglino-9782283026595

    Voilà...

    Deux parutions ça fait beaucoup certes, mais promis, j'arrête d'embêter les éditeurs, les libraires, les lecteurs, les gens de la Poste qui se montent des quintaux de livres chez Pivot et consorts, les étudiantes qui collent les étiquettes de rabais chez Gibert, la forêt landaise, les imprimeurs, je n'impose plus une empreinte carbone ahurissante dans le seul plaisir vaniteux de voir mes élucubrations reproduites à quelques milliers d'exemplaires pendant un certain temps.

    PS : Maman, même chose que la dernière fois. Ne prends pas tous les exemplaires chez Mollat, sinon, c'est comme si le livre, il n'était pas sorti ! Comment ? Mais oui, j'ai été très heureux pendant mon enfance, ne t'en fais pas.

     

     

     

     

     

     

     

    Yahoo! Google Bookmarks

    11 commentaires
  • Auto Promo 1Le 7 Mars, ressortie chez Libretto de mon 3eme roman, "Bienvenue dans la Vraie Vie", initialement paru chez Buchet-Chastel. Il faut bien reconnaître que Libretto fabrique des livres superbes, et que vous êtes vivement invités à commencer une collection pourquoi pas par l'acquisition de cet ouvrage, acessible une somme en outre modique, à peine EUR8,7 rendez-vous compte. De quoi ça parle ? Est-ce important ? Bon, hop, voici le lien :

    http://www.editionslibretto.fr/bienvenue-dans-la-vraie-vie-bernard-foglino-9782752908803

     Et pour une critique détaillée (Evidemment positive, je vous renvoie à ce lien)

    http://www.christophemory.com/index.php?option=com_content&view=article&id=152:bienvenu-dans-la-vraie-vie-bernard-foglino&catid=9

    Et une présentation d'Erwan Larher (Qui est aussi auteur), allez vous saurez tout. 

     PS : Maman, n'achète pas d'un coup les quatre bouquins que Mollat va mettre sur un coin de table le jour de la sortie, du coup le livre, personne ne le voit, et tu fausses grandement les statistiques des ventes ! 

    Et le 14, sortie de "Celle Qui Dort", chez Buchet-Chastel, je vais préparer Auto Promo 2. 

    Yahoo! Google Bookmarks

    31 commentaires
  • Alceste m'a rouléL’autre jour, j’ai été voir Alceste à Bicyclette. Un rapide coup d’œil sur Allociné m’avait informé que le segment de marché auto proclamé « presse culturelle » avait plutôt méprisé ce film, l’indice donc qu’il avait un intérêt. Il pleuvait, il faisait froid, mais rien à voir, juste des éléments contextuels, il y a des gens qui aiment ça, les éléments contextuels. De bons acteurs, Luchini, Lambert Wilson, des acteurs qui ont appris le métier au théâtre, la pièce de Molière en arrière-plan, allons-y.

    L’argument : Luchini s’est retiré du métier pour d’obscures raisons, qui semblent liées à sa détestation du milieu théâtral. Lambert Wilson a quitté le répertoire pour triompher, gagner beaucoup d’argent dans des séries télés, où il joue le rôle d’un médecin du cerveau façon Mc Gyver. Il vient trouver Luchini pour le convaincre de jouer dans le Misanthrope, la pièce qu’il rêve de monter depuis toujours. Luchini vit à l’île de Ré, dans une baraque bien abîmée (Il a de sérieux problèmes de fosse septique).

    Un début comme le cinéma, la littérature, les séries télés en ont cent : On est dans Rambo, le Retour : A vient convaincre B, retiré des affaires, de tenter un dernier coup. Un dernier combat, un dernier casse, ce que vous voulez. B refuse, bien sûr, avant de se laisser fléchir, contraint ou forcé. Bien sûr, pour que l’histoire vive, il faut que B accepte de jouer le jeu, passe son ressentiment, ses blessures secrètes pour se jeter dans l’aventure. C’est ce qui se passe ici. B (Luchini) accepte « d’essayer » : Lui et Lambert Wilson vont répéter, pour voir, pendant cinq jours, et B décidera au final.

    Donc, c’est parti. Coups de tendresse, coups de gueules entre nos deux protagonistes, le pur et dur solitaire, celui qui a choisit la facilité, une vie superficielle… Il manque un élément dans tout ça, un catalyseur : Une femme, bien sûr. De préférence belle, et elle aussi minée par une blessure. La femme arrive, à l’occasion d’une visite de maison à vendre. Une belle italienne, en plein divorce. Les deux acteurs l’apprivoisent bien sûr, se développe une relation amicale entre eux trois. Luchini retrouve le sourire, il renonce même à la vasectomie qu’il projetait, ceci afin de ne pas risquer de laisser de traces sur terre.

    Les personnages de second plan sont là. Un chauffeur de taxi, révélateur de la superficialité de Lambert Wilson, le fameux docteur Morange de la télé, l’homme qui vous opère le cerveau en pleine Sibérie avec un stylo bille et une pince à épiler, connaît une vie sentimentale agitée. Une gamine, qui tourne des pornos en Roumanie pendant ses loisirs, et qui trouve que la « double péné à 8 heures du matin », c’est quand même difficile, etc.

    Bref, une gentille comédie. Il se passe une heure, on sourit, LW et FB qui déclament du Molière, s’engueulent, c’est quand même autre chose qu’un film de Guillaume Canet avec ses bobos pris dans les transes métaphysiques du sens de la vie. Ces deux-là, ils ont du coffre, quand même.

    Donc une heure passe, les ressorts narratifs tournent à plein, dans ma petite tête, je m’amuse à prévoir la scène suivante, un léger ennui tout de même, parce qu’on file tout droit vers un dénouement que tout prépare avec la conscience du bon élève qui, avant de se coucher, prépare son cartable pour sa journée au collège. On se dit que cet Alceste à Bicyclette fera dans quelques mois un de ses agréables films qui vous prennent le dimanche soir après le JT, et vous amènent sans dommage jusqu’à votre lit comme le métro vous amènera en douceur vous ennuyer dans un bureau le lendemain matin.

    Et puis non, soudain, tout se brise. La gentille comédie reste acidulée en surface, mais révèle toute sa causticité sous-jacente. Personne ne sera sauvé. La tentative restera vaine, chacun des protagonistes restera ce qu’il est. Chacun échoue, retombe. Seul.

    Je ne raconte pas les détails du film, ni son retournement, pour les curieux qui ne l’ont pas vu. Je ne suis pas un spécialiste du cinéma non plus. Je m’intéresse un peu aux processus narratifs pour des raisons personnelles, voilà tout. Et ce film est prenant, dans la mesure où il dispose sagement ses codes tout d’abord, pour ensuite les faire voler en éclats. Il endort la méfiance, et vous en sortez en comprenant comment on vous a roulé dans la farine, et que c’était même évident… Ils répétaient le Misanthrope, idiot, cela interdisait toute fin « heureuse », au sens des aimables nanars du dimanche soir. 

    Voilà, « moi qui m’intéresse aux processus narratifs » je me suis bien fait rouler, je l’avoue par ce film sympa, astucieux, parfois un peu long (Faut bien se venger comme on peut…). 

    PS : Non, la photo en haut à gauche n'a rien à voir avec le sujet. C'est juste parce que je ne sais pas où la caser, merci. 

     

    Yahoo! Google Bookmarks

    21 commentaires
  • "Les Puissances des Ténèbres"«  C’était l’après-midi de mon quatre-vingt-unième anniversaire, et j’étais au lit avec mon giton lorsque Ali vint m’annoncer la visite de l’archevêque ». 

    Ainsi commence « Les Puissances des Ténèbres », roman d’Anthony Burgess, paru en 1980. Seul un hasard m’a fait me souvenir de ce livre, sa réédition en Poche aux éditions Pocket. 

    Qu’est-ce que « La Puissance des Ténèbres » ? C’est un énorme bouquin, de plus de 700 pages aux Editions Acropole, et de plus de 1000, en police 8 chez Pocket. D’ailleurs, je viens de l’envoyer à un ami lointain, et sur la balance de la postière, la bête pesait dans ses 700 grammes.

    Sa ressortie m’a poussé à déterrer mon exemplaire d’origine au fond de la bibliothèque. Je ne lis plus Anthony Burgess, que plus personne ne lit d’ailleurs. En France, son nom est le codicille associé au film de Kubrick, « Orange Mécanique », mais peu savent que ce linguiste de formation a publié une bonne soixantaine de romans (Il a aussi composé deux symphonies, il était aussi musicologue, au fait). Que j’ai tous lu, à une époque. « Les Puissances des Ténèbres », « Le Royaume des Mécréants », « Monsieur Enderby », « L’homme de Nazareth »…  Comme tous les bouquins, j’ai à peu près oublié de quoi ils parlaient, mais il en reste une impression, un goût. On peut le résumer en un mot, devenu très galvaudé, mais je n’en vois pas d’autre : Jubilation. A.B. ne fait pas dans le drame intimiste, la comédie aimable. La plupart de ses bouquins sont des fresques, qui convoquent un siècle tout en entier. « Les Puissances des Ténèbres «  (Le clin d’œil à Tolstoï dans le titre français de ce qui s’intitule Earthly Powers) est de ce tonneau. C’est tout le XXeme siècle qui est passé à la moulinette. Toomey est un écrivain britannique reconnu et sulfureux, plus ou moins retiré des affaires. Il se décrépit lentement dans son palais maltais. Toomey est en effet un évadé fiscal qui a fuit l’Angleterre pour ne pas payer ses impôts, un précurseur en quelque sorte. L’écrivain ne se fait aucune illusion sur la qualité de son œuvre, ce qui ne l’empêche pas de dégommer tous ses contemporains, avec un acharnement particulier sur Graham Greene. Lui qui a fréquenté tout ce que le siècle a engendré de personnalités célèbres, des arts, des affaires ou de la politique (Y compris Churchill, Hitler, Goebbels et quelques autres) picole et se regarde vieillir, sent la mort qui rôde. Les railleries de son amant et secrétaire particulier qui le trompe avec tout ce qui bouge n’arrangent rien à l’affaire, mais il se sent trop fatigué pour le congédier. Arrive un archevêque, qui n’hésite pas à venir rencontrer celui qui est de notoriété publique une vieille tapette mécréante, pour lui demander de rédiger un témoignage pour l’Eglise. Il est en effet question de béatifier le pape récemment décédé, Grégoire 17, qui fut l’ami de Toomey durant toute sa vie (Et aussi l’amant de sa sœur). L’écrivain se trouve contraint de sortir de sa retraite fiscale, et de se confronter à une plongée dans ses souvenirs, ceux d’un siècle entier, tout en redécouvrant un monde moderne (Celui des années 70, triomphe de la société de consommation, revendications puerilement libertaires, substances hallucinogènes, guerre du Vietnam, nouvel homme forgé par le communisme, etc.).

    Il est difficile de parler d’un livre qu’on ne fait que commencer à lire. Mais je suis déjà retombé sous le charme de cette écriture subtile, profondément érudite et ironique, qui demande aussi une lecture attentive. Tout le monde prend cher, sous la plume de AB, mine de rien. Les libérateurs et les opprimés, les artistes et les gens du peuple, les croyants et les non croyants, les homos, les hétéros, les rigides et les tolérants, les diplomates et même les musiciens de Hard Rock. Dans cette réflexion sur le bien et le mal menée au travers d’une visite jamais laborieuse des atrocités les plus réussies menées par l’espèce, on ne nie pas le diable non plus, mais il se trouve qu’il est aussi profondément con que ceux qui prétendent le combattre au nom de l'amour.

    Je ne suis pas critique littéraire, alors découvrez ce bouquin par vous-même, si mille pages et 700 grammes de papier ne vous sont pas indigestes. Car l’autre étonnement qu’apporte ce livre est technique. Je ne parle pas de l’ambition de convoquer presque un siècle d’Histoire dans une fiction, qui demande un « coffre » qui est une rareté chez les auteurs d’aujourd’hui. Plutôt : Qui oserait filer un manuscrit de 1,5 millions de caractères à son éditeur sans vouloir attenter à sa vie ? Reste-t-il des lecteurs qui ne tremblent pas d’effroi devant un livre aussi épais ? La question n’est pas anodine. Les phrases de ce roman prennent leur amplitude, l’auteur écrit sans craindre la restriction, entend mener son idée à son terme, et selon la manière qu’il a choisi. Aujourd’hui, la règle est de faire court. Le style se doit d’être ramassé, concis. Un mot doit en remplacer cinquante, ce genre de choses. On peut produire des merveilles ainsi, certes, et c’est un excellent exercice mental. Mais il n’y a pas qu’un enjeu esthétique là-dessous. Il y a la prise en compte d’un lecteur qui ne supporte plus la longueur, qui n’a plus le temps ou la capacité de se concentrer sur une lecture longue et un peu ardue, parce que le monde aujourd’hui va vite, fournit tout et trop dans une angoissante prodigalité au détriment de la patience, de l’absorption graduelle. On change d’histoire comme on clique sur un lien Internet, comme on zappe sur une chaîne de télé d’une série à l’autre. Se plonger dans cet énorme bouquin qui n'a de poche que de nom, et tirer sa révérence à toutes ses sollicitations qui nous exigent, tout entier dévolu à leurs urgences, n’est pas le moindre de ses plaisirs, lui aussi un peu jubilatoire. (13,21EUR, Pocket).

     

     

    Yahoo! Google Bookmarks

    6 commentaires
  • Sur la boucheElle veut débaptiser les écoles maternelles, au motif que le mot est trop « genré ». Les rebaptiser « petite école », ou une niaiserie dans ce genre. Voire. Les enfants étant par nature décevants, le risque n’est pas nul de voir ces derniers contester l’adjectif au motif qu’il serait stigmatisant.

    La photo de celui-ci trônait dans Libération en ouverture du compte rendu triomphal de la marche de l’amoooooouuurrr. Bien qu’il soit marié (A une femme) et père de famille récidiviste, il embrassait à pleine bouche un collègue député. Il ne mettait pas la langue, la société de l’image n’exige pas la sincérité du moment que le cliché est réussi.

    Qui sont-il ? Deux députés inconnus, qui ont trouvé, dans les débats en cours, l’occasion inespérée d’accéder à une fugace notoriété. Elle, elle a la tête d’une bonne bourgeoise élevée dans la norme, elle a du aller à l'école maternelle sans bargouiner. Lui, il a une bonne tête de jeune notaire de province, rondouillard et malin. Je doute qu’il se soit engagé en politique, brûlant de foi, idéaliste, animé de l’esprit de croisade, celui de trancher les têtes de l’hydre homophobe. Plus Mandat que Mandela, quoi. J'ai sans doute mauvais eprit, mais je me méfie des fois aussi bruyamment affichées que la révélation en semble récente. 

    Qui sont-ils ? Des seconds, troisièmes couteaux comme il y en a dans toutes les organisations, politiques, professionnelles, mafieuses. Des provocateurs, catalyseurs de propagande, des exécuteurs de ces basses œuvres que les leaders, pour conserver leurs positions de sages, d’esprits au-dessus de la mêlée, font mandater et commissionnent dans des antichambres. Verrait-on François Hollande et son premier ministre se rouler avidement des galoches pour promouvoir leur future loi ? Ce « baiser d’amour », comme on le dit chez les People, laisserait un mauvais goût dans la bouche même de ses plus féroces partisans. Alors, on sort de l’ombre la valetaille, les petits fonctionnaires, vas-y, amuse-toi mais si ça tourne mal je ne te connais pas, les voilà, ces commensaux, tout heureux de se retrouver sous le feux des projecteurs, jubilant devant micros et caméras déjà largement acquis.  Pendant que leurs attachés parlementaires s’épuisent à compter les pouces en haut, twittent l’évolution des liens Google qui dirigent sur leurs patrons. Tous les régimes connaissent ces petites mains de l’Agit Prop, ils n’en ont jamais manqué, ils n’en manqueront jamais. Au moins, dans notre pays, leur avidité à faire parler d'eux reste bridée par une laisse bien tenue. Ce ne fut pas toujours le cas, hélas.

    Il y a eu un homme politique sous la quatrième et la cinquième république, un vieux monsieur charmant et fin lettré qui s’appelait Edgar Faure. Il était célèbre pour la variabilité de ses opinions, épousant les idées des différents camps au gré des circonstances. Il a tout été, Edgar Faure, dans sa vie, ou presque. A ceux qui, goguenards, l’accusaient de son infidélité, il répondait : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent». Il fut même élu à l’académie française, Edgar Faure, fauteuil numéro 15.

    Le mot « Genré », il n’aurait pas aimé, on peut en être sûr. Il lui aurait laissé le même mauvais goût dans la bouche que me laisse le baiser « sans la langue » , cette galoche de mauvais cinéma.

     A l’époque d’Edgar Faure, le citoyen se faisait déjà empapaouter par les hommes politiques. Certains étaient érudits, fins et intelligents. Il n’a même plus cette consolation, le citoyen.  

    Yahoo! Google Bookmarks

    4 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires